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Eri

Partie 1: Eri.
 
J'ai 9 ans. Je suis un enfant très intelligent. Ma mère est une femme merveilleuse et adorable, et mon père travaille beaucoup pour que l'on puisse « manger à notre faim ». Mes parents, m'explique souvent mon père, sont un des rares couples à être encore mariés après 23 ans de vie commune, contrairement à tous ces jeunes gauchaux révolutionnaires. Mon père travaille dans une entreprise qui fabrique des automobiles, chaque année, lui, maman et moi nous avons le droit d'assister à des courses de formule 1, et de faire des voyages en limousine pour le remercier du bon travail qu'il fait. J'ai toujours appris à respecter les plus grands, et ma mère m'explique souvent que faire du mal, c'est réservé aux faibles, qui ne se sentent grands qu'en blessant les gens. Lorsqu'elle dit ca, elle me regarde souvent droit dans les yeux, en se mettant à genoux, comme lorsqu'elle veut m'expliquer que ce n'est pas bien de faire des bêtises. Après cela, elle me prépare souvent un bon goûter, en m'expliquant qu'elle veut que je ne manque jamais de rien. Ma maman est la plus géniale du monde. Nous avons un chien, qui s'appelle Fox. C'est moi qui ai choisi son nom. Je l'ai choisi car cela m'inspire un renard aux couleurs du feu, comme dans mes dessins animés. Je l'aime beaucoup, et on joue souvent ensemble. Moi je m'appelle Eri. A l'école, les copains pensent que je m'appelle Eric, et la maîtresse leur explique bien qu'il ne faut pas se moquer des gens qui ont un prénom qui n'est pas commun. Je suis fier de mon prénom, je le répète souvent dans ma tête, plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il ne veuille plus rien dire pour moi. A l'école, je fais tout mieux que tout le monde, et la maîtresse répète souvent à mes parents qu'ils devraient envisager de me placer dans une école spécialisée, mais mes parents veulent que je reste dans un cadre normal pour que je « garde les pieds sur terre ». Je le sais car souvent, quand mes parents ont rendez-vous avec ma maîtresse, je me place derrière la porte pour entendre ce qu'ils disent, et lorsqu'ils sortent, je fais mine de jouer dans le couloir et de m'intéresser aux peintures accrochées au mur. Je suis fils unique. Mes copains disent que c'est pour ca que mes parents me donnent tant d'amour, mais moi, je sais que c'est parce-qu'ils m'aiment trop pour pouvoir donner de l'amour à un autre enfant. J'aime beaucoup les histoires, et la mienne commence le 22 janvier, en hiver. Ce matin-la, je n'avais qu'une envie: sortir dehors et faire des batailles de boules de neige avec les enfants du quartier. On était samedi, je n'avais pas école. Ma mère m'avait permis d'aller jouer à condition de ne pas jeter les boules trop fort pour ne pas faire mal aux autres enfants. Je lui promis de me tenir tranquille, et sortis avec ma tenue de combat hivernale. Lorsque je mis un pied dehors, je sentis le froid me mordre les joues, et je n'eus pas le temps de voir arriver la boule de neige qui fendait l'air pour atterrir sur mon visage. Le choc me fit perdre un instant le contact avec la réalité, si bien que lorsque je repris contrôle de moi-même, j'étais en train de pleurer. Je me sentais affreusement gêné. Pleurer, c'était pour les petits. Tout le monde me pointait du doigt et riait. Je me sentais bouillonner, tout en versant de chaudes larmes sur mes joues. Je fis rapidement demi-tour, et rentrai à la maison où je vis ma mère m'accueillir, paniquée. « Que t'est-il arrivé, mon ange? » Je lui expliquai aussitôt en sanglotant l'épisode de la boule de neige et des copains qui se moquaient, et elle me serra fort dans ses bras, et partit me préparer un chocolat chaud. Elle me pria d'aller m'installer devant les dessins animés, et je me blottis alors contre Fox, qui dormait sur le canapé. Je bus mon chocolat d'une traite, et partis jouer dans ma chambre. En bas, ma mère faisait le ménage, ca sentait le produit d'entretien, et j'étais heureux. Vers 19 heures, mon père rentra de son travail, car il n'avait qu'un jour de repos pendant le week-end. Il dit quelques mots à ma mère mais je n'entendis pas. Il ne vint pas me voir et s'assit dans le canapé pour regarder le télé. Je l'observai du haut des escaliers, tapi dans l'ombre, pendant une vingtaine de minutes. J'avais l'impression d'être un agent secret, un aigle surveillant sa proie, haut perché sur son rocher. Vers 20heures 30 ma mère m'appela à table, j'abandonnai donc mes petites voitures pour aller manger le hachis parmentier qu'elle avait préparé. Maman demanda à Papa ce qu'il avait fait de sa journée, et mon père grogna tout en avalant un morceau de pain et une gorgée de vin. Après le travail, il était souvent énervé, et n'aimait pas trop qu'on le dérange, car il était fatigué. Ma mère me proposa de reprendre du hachis, mais je n'avais plus faim, et je lui demandai si je pouvais aller me coucher. Elle m'y autorisa et m'accompagna jusqu'à ma chambre. Je m'installai dans mon lit et ma mère me borda et m'embrassa sur le front. Elle mit une petite veilleuse sur la prise murale de ma chambre. Elle ferma la porte, et descendit. J'entendais le bruit de ses chaussures sur les escaliers qui s'éloignait, me laissant de plus en plus seul à l'étage. J'étais à présent seul, avec ma veilleuse qui fournissait un éclairage plutôt faible. Je n'avais pas peur du noir, mais peur d'être seul. J'avais peur que tout recommence. Encore une fois. Je ne gardais de cet épisode qu'un vague souvenir. Mes parents s'étaient disputés, et si je me rappelais bien, j'étais le sujet de la dispute. Mon père était rentré tard d'une fête avec des copains, et ma mère lui avait reproché plein de choses. J'avais entendu des bruits que je ne connaissais pas, et maman pleurait, et je me souviens que cela m'avait rendu triste, puis très en colère. Puis je ne me souvenais plus de rien. Seulement du lendemain. Ma mère ne regardait plus mon père, mon père ne me regardait plus, et aucun d'eux ne parlait. L'ambiance à la maison avait été froide. Aujourd'hui tout allait bien, mais pourtant, seul dans ma chambre, j'avais peur, sans savoir de quoi. Je repensai à cette histoire que me lisait ma mère, où le héros avait peur du noir, et à qui l'on expliquait que la peur, on se la créait. Mais je n'avais pas peur du noir. J'avais peur d'avoir peur. Je n'avais pas peur d'un monstre sous mon lit, où que l'on vienne cambrioler notre maison, mais je sentais une sorte de danger, tout proche, me chuchotant presque dans l'oreille. Tout était calme, à présent. Je guettais le moindre bruit pour m'en créer une peur nouvelle et encore plus grande. Papa et Maman dormaient, j'étais seul, avec ma veilleuse et ma peur. La pluie commença à tomber sur les carreaux de ma chambre, et le bruit rassurant m'aida à m'endormir.
Le lendemain matin, je n'avais pas école. Je décidai donc de sortir jouer avec Fox. Je descendis les escaliers en sautant les marches, et papa me dit de faire attention et ne pas jouer les casse-cou tout en lisant son journal. Je demandai à maman où était mon chien, et elle me répondit dans un grand sourire qu'il dormait dans la niche du garage. J'ouvris donc la porte, et remua mon animal jusqu'à ce que ce dernier se réveille. Il ouvrit un oeil, et parut en colère. Il montra les cros, grogna, puis aboya, et maman courut jusqu'au garage, mais arriva trop tard, le chien m'avait mordu. Je pleurais, fesses à terre, me retenant de tomber d'une main, contemplant mon autre main dont du sang coulait à grosses gouttes, pendant que maman calmait Fox. Papa vint voir quelques minutes plus tard, observant tour à tour le chien, moi, et maman qui lui jetait des regards scandalisés. Elle attendait qu'il fasse quelque chose, je le savais, je connaissais bien ma maman, mais papa ne bougea pas, et ne dit rien.
« Il faut le piquer, dit maman, il a attaqué Eri. » Je ne voulais pas qu'on fasse de mal à mon chien.
« Est-ce que le piquer empêchera à Fox de mordre? Ca le rendra plus gentil? » Demandais-je. « D'une certaine façon, oui. » Me dit papa. J'étais rassuré. Mon chien allait redevenir comme avant. Fox était mon meilleur ami. Maman partit me faire un bandage et me prépara un chocolat chaud, tandis que papa retournait dans son fauteuil pour lire son journal. « Est-ce que papa est malade? » demandais-je à maman. « Papa est simplement fatigué. » Me répondit-elle. Je partis jouer dehors, fier de mes pansements, et revint quelques heures plus tard, fatigué. Le soir vint, puis le moment d'aller se coucher, que je redoutais de plus en plus. Les nuits me faisaient peur. Je ne savais pas ce qu'il se passait, j'avais peur que l'on me rende visite, que l'on me vole des choses, ou que de mauvais esprits viennent me faire faire des cauchemars. J'eus du mal à m'endormir, et le lendemain, quand maman vint me réveiller, son visage n'était pas comme d'habitude, elle semblait inquiète et malade comme papa la veille. Elle me serra fort dans ses bras, et pleura un peu. Je n'aimais pas voir maman pleurer, cela me faisait beaucoup de peine. Je lui demandai ce qui n'allait pas, et elle sanglota « Eri, ton chien est mort. Je suis tellement désolé, il est dans le salon. » Je ne voulais pas croire ce que maman disait, je me levai en sursaut, la poussant presque, je l'entendais pleurer en m'éloignant, et j'arrivai dans le salon, où je vis Fox, avec du sang sur les poils. Je me jetai sur lui, en pleurs « Fox, bouge, Fox, dis-moi que tu fais semblant, Fox » Mon père me regardait, assis depuis sa chaise, ne disant rien. Je cherchai dans son regard de la consolation, mais il ne trouva qu'à me dire « Je suis désolé, Eri, il est mort. » Maman arriva dans le salon, et dit à mon père « Chéri, comment crois-tu que cela a pu arriver? Qui a pu faire une chose aussi horrible? Je ne me sens plus en sécurité... » « Des jeunes qui ont du trop boire, et ont du tomber sur Fox dans le jardin. Ils ont du vouloir s'amuser et ca a mal tourné, voilà tout. » Fox était mort, et pendant toute la journée, je ne pensai qu'à ca. L'école n'était plus importante. Mon chien, mon ami, était au paradis. La maîtresse me gronda de ne pas être attentif, et j'étais tellement triste et en colère que j'eus envie qu'elle meure. Le soir à la maison papa et maman ne parlaient pas, et moi non plus. Personne n'avait envie de parler. Le faible éclairage de la lampe au-dessus de la table n'éclairait que nous trois, nous dinions sans trop de lumière pour que Fox repose en paix. Je montai me coucher, toujours triste, et après une heure environ, j'entendis maman et papa qui commencèrent à parler à voix basse.
« Ca ne peut plus continuer comme ca, Carl. » C'était la voix de maman, mais elle semblait tendue, moins douce que d'habitude.
« On en a déjà parlé, j'ai mon avis sur la question, tu as le tien, tu as voulu qu'on fasse à ta façon, on l'a fait, donc maintenant tais-toi. »
Je n'aimais pas entendre papa donner des ordres de façon sèche à maman. On m'avait toujours appris à respecter les gens, et entendre mon propre père traiter ma mère ainsi me mettait mal à l'aise.
« Tu sais bien que je fais ce qui est le mieux pour nous. » répondit maman en montant un peu le ton.
« Ca nous a toujours attiré des ennuis, donc je préfère me taire, parce-que continuer voudrait dire que je deviendrais méchant, je n'ai rien de gentil à dire à ce sujet. »
Maman traita mon père d'un mot qu'elle m'avait interdit de dire, et j'entendis le bruit d'une claque, puis maman commença à pleurer. J'entendis des bruits de pas s'éloigner. J'avais peur, mon coeur battait la chamade, j'entendais maman qui pleurait toujours. Je ne savais pas ce qu'il se passait, mais je ne pouvais pas faire le moindre geste. Impossible d'aller voir en bas. Les minutes passèrent, puis les heures, les bruits s'en allèrent peu à peu, et sans m'en rendre compte, je m'étais endormi. Je me réveillai, je ne sais quand, en sursaut. Tout était noir autour de moi, je n'étais plus dans ma chambre. J'étais debout, et je commençai à pleurer, car je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. J'entendis des draps bouger, et j'entendis maman me parler « Que fais-tu là mon chéri? » Je ne me rappelais plus bien ce qu'elle me dit ensuite, ni de ce qui se passa, mais je me réveillai le lendemain, dans mon lit, avec ma mère à mon chevet qui semblait fatiguée. Elle m'embrassa sur le front, me demanda si j'avais bien dormi, et je lui demandai si je ne les avais pas dérangé durant la nuit avec mon intrusion dans leur chambre. « Soit tu es somnambule et je ne m'en rappelle pas, soit tu l'as rêvé mon ange! ». Alors je n'avais pas vécu ce moment. J'en avais pourtant été persuadé, tellement tout semblait si réel. Elle m'invita à aller petit déjeuner et en bas, et je remarquai que mes parents avaient des parties du visage qui étaient plus foncées que d'habitude, comme lorsque je me cognais contre le sol en tombant. Quelque-chose de mal se passait, et on ne voulait pas m'en avertir. Pour m'aider à supporter la mort de mon chien, mon père et maman avaient appelé un homme très spécial. Il était un peu gros, vieux, était habillé tout en noir, mais avait l'air très gentil. Il était arrivé le lendemain, maman m'avait permis de ne pas aller à l'école pour pouvoir le voir. On s'assit dans le salon, et maman lui apporta du thé. Le monsieur dit quelques phrases que je ne compris pas, puis commença à me poser des questions. « Dis-moi, champion, te sens-tu heureux? » Je fis oui de la tête, et l'homme sourit. « Ton papa et ta maman sont gentils avec toi? Il ne leur arrive jamais de s'énerver? » Je réfléchis. Aussi loin que remontaient mes souvenirs, jamais mes parents ne s'étaient énervés contre moi. Je savais que papa s'était déjà énervé sur maman, mais jamais en ma présence. Il avait toujours été froid avec moi. Maman, quant à elle, était la meilleure du monde. Elle était toujours souriante, prête à tout pour me faire plaisir. Je l'adorais. Je lui répondis oui. L'homme sourit et regarda un peu partout dans la pièce, comme pour trouver quelque-chose. Il recommença à me fixer de ses grands yeux marrons et me posa une nouvelle question. « Tes parents m'ont expliqué pour ton chien. Qu'as-tu ressenti en apprenant sa mort? » Je me mis à pleurer, car le souvenir était trop douloureux, mon pauvre Fox ensanglanté, à cause de quelqu'un, quelqu'un que je ne connaissais peut-être pas. L'homme me caressa la tête en m'expliquant qu'il n'était pas nécessaire que je réponde. Il continua à me poser diverses autres questions puis, passée une heure, s'en alla, salua mes parents, en leur disant qu'il n'y avait rien à craindre. Je ne compris pas vraiment le but de ce rendez-vous, mais maman avait l'air rassurée. Le soir en m'endormant, je me dis que ce vieil homme avait fait quelque-chose, changé une partie de nos vies, lorsqu'il était parti, tout n'était plus comme avant. J'avais peur. De moi-même. De mon père. Et de cette étrange sensation...
 
Partie 2: Carl
J'ai 41 ans. Je m'appelle Carl. Je suis marié à une femme dont je suis très amoureux, mais nos vies ont été chamboulées. Nous ne pouvions pas avoir d'enfants, aussi, nous avons cherché à adopter, sans succès. Le soir de l'anniversaire de mes 32 ans, on sonna à la porte, et lorsque ma femme ouvrit, elle découvrit ce berceau, et cet enfant. Eri étaient gravées en lettres d'or sur son lit de fortune. Nous le gardâmes, et l'élevâmes comme notre propre enfant. Seulement, souvent, Eri avait ce que j'appelle des « passes ». Il perdait le contrôle de lui-même, et devenait d'une violence rare, s'attaquant même parfois à nous. Un soir, avec ma femme, nous nous étions disputés, au sujet d'Eri. Pour oublier les problèmes qu'il nous apportait, j'étais parti me détendre avec des copains, pour boire un bon coup et noyer les soucis dans l'alcool. A mon retour ma femme m'attendait de pied ferme, et m'expliqua que cet enfant avait besoin d'un maximum d'amour et qu'il ne fallait pas que transparaisse la moindre onde négative. Ma mère était une femme très mystique, qui croyait beaucoup en les esprits, et ce genre de foutaises. Mais je remarquais tout de même que pour cette fois-là, elle était dans le vrai. Le gamin ne manifestait ses épisodes de violence que lorsque nous nous disputions, phases où il s'en prenait majoritairement à moi, et lorsque quelque-chose l'avait contrarié. Je me disais que ce devait être une sorte de forme d'épilepsie, ou de schizophrénie. Seulement ce soir là je n'avais pas le coeur à faire semblant d'aimer un gosse violent et troublé. Ma femme ne l'aimait pas non plus, mais elle pensait pouvoir le guérir en redoublant d'amour. Mais je savais qu'elle en avait surtout peur, raison pour laquelle elle s'inquiétait de la moindre éraflure que ce rejeton se faisait. C'était horrible à dire, Mais nous ne le considérions que comme un nid à problèmes, et je sais que cela se sentait sur moi. Mais comprenez-moi. 9 ans à supporter un enfant comme celui-là, qui plus est qui n'est pas le vôtre, c'est un enfer. C'était comme si il nous avait choisi. Je ne saurais pas l'expliquer, mais j'avais la sensation étrange que cet enfant nous avait pointé du doigt, en jetant son dévolu sur nous. Nous étions seuls. Seuls face à ce problème. C'est durant une nuit tout particulière que je découvris que cet enfant était un monstre. J'avais du mal à dormir, cette nuit-là. Le chien remuait dans son jardin, faisant des aller-retour jusqu'au garage, car nous avions installé une petite porte, et sa queue fouettait contre les murs. Je me tournai et me retournai afin de trouver le sommeil, mais rien n'y faisait. J'entendis soudain le plancher craquer à l'étage. Le petit devait s'être levé pour aller aux toilettes. Mais j'entendis soudain le bruit des pieds sur les marches. Il descendait. Que faisait-il, je l'ignorais. Peut-être avait-il fait un mauvais rêve. Dans ces situations, ma femme aurait pris les devants en l'empêchant de s'inquiéter. Je sortis de la chambre et alla à sa rencontre, je lui murmurai « Quelque-chose ne va pas, Eri? » Il se retourna, me regarda, sans rien dire, et continua à marcher vers le garage. Il était inexpressif, marchait de manière saccadée, il n'était plus le même petit garçon. Je le suivis, l'appelai, Mais rien n'y faisait, il était comme dans un autre monde. Il tourna sa tête une fraction de seconde, mais suffisamment pour que je puisse en être sur. Ses yeux étaient entièrement noirs. Je n'osai plus le suivre à présent. Je me munis d'un couteau de cuisine qui trainait sur la table de la salle à manger, et le cachai dans mon dos. Eri continua de s'avancer vers le garage, en ouvrit la porte, et je m'avançai légèrement pour voir ce qu'il y faisait. Il continua à marcher jusqu'au jardin, je marchai à pas feutrés pour le suivre. Il était en face du chien. Ce dernier aboyait, mais Eri ne bougeait pas d'un pouce. Ils semblaient communiquer, je ne savais pourquoi, mais je le sentais. Soudain Eri prit le chien à la gorge, exerça une violente pression et le plaqua au sol. Il le mordit au flanc et le chien ne bougea plus. Eri continua de le mordre, et se retourna, me souriant, la bouche ensanglantée, et les yeux noirs injectés de veines sanguinolentes. Il s'avança vers moi, j'étais tétanisé, je ne pouvais rien faire, rien bouger. Je lâchai le couteau, et Eri retourna dans la maison, l'air de rien. Le lendemain matin, n'ayant pas pu dormir, je déplaçai le cadavre dans le jardin, en n'expliquant rien à ma femme pour ne pas l'inquiéter. Le soir, je lui expliquai, mais nous nous disputâmes, et je la giflai, sous le coup de l'émotion, de la peur, du stress, je ne sais plus. Elle resta là à pleurer pendant un moment, j'étais parti me coucher, tombant de sommeil. Elle me rejoint, je m'excusai. « Je t'aime, ma chérie, je suis désolé. C'est Eri, il empoisonne nos vies. » Elle me sourit, quand nous entendîmes des nouveaux bruits de pas au plafond. Ils ne semblaient pas pouvoir être ceux d'un enfant de 9 ans. Ils semblaient si lourds, si mauvais. Ils n'étaient pas très rapides. Seulement, chacun était un sursaut de plus pour nous. Les bruits semblaient maintenant venir de partout. Je n'avais plus les idées claires, impossible de savoir ce que cela pouvait être. On entendit soudain la porte grincer. Qu'était-ce encore? On vit ensuite lentement une silhouette se dessiner dans l'ouverture de la porte. C'était Eri. Les bruits stoppèrent, tout devint froid, si froid. Ma femme était tétanisée, ne bougeait plus. Pour ma part, j'avais une batte de baseball sous mon lit. Je pris le parti de continuer à faire semblant de dormir. Eri vint s'arrêter doucement près de moi, me contemplant, se penchant par moments, ne disant rien. Ma femme fit ensuite semblant de se réveiller « Que fais-tu là mon chéri? » Cela sembla le sortir de sa transe pour un moment, et j'en profitai pour simuler mon réveil. Mais cela sembla définitivement le ramener de l'autre côté, et ses yeux redevinrent inexpressifs, et sombres. Il me sourit, tendit ses mains vers moi et tenta de m'étrangler. Je le repoussai, puis il me frappa. Il devint une vraie furie. « Attrape la batte et casse-lui la gueule! » criais-je à ma femme. « Mais nous aurons des ennuis! Je ne peux pas! » Elle tenta de m'aider à le maîtriser, mais il la frappa aussi. Nous luttâmes ainsi pendant près d'une heure, Lorsqu'il se calma, subitement, sans explication. Nous le ramenâmes dans sa chambre, et nous prirent la décision dès cette nuit d'appeler un prêtre exorciste qui serait là le lendemain. L'homme était, paraissait-il, très expérimenté et réputé dans la profession, et était intervenu dans des cas de possession démoniaque très graves. C'était, d'une manière ou d'une autre, notre dernière chance, avant qu'il n'arrive quelque-chose. Avant, sans doute...que nous tuions cet enfant. L'homme arriva aux alentours de 11 heures, c'était un homme d'âge avancé, un peu bedonnant, mais qui paraissait tout à fait jovial pour un homme qui avait côtoyé, disait-il, les démons par centaines. Un peu dubitatifs, nous entamâmes une discussion avec lui pour connaître ses pratiques, ses prix, ses résultats. Il nous expliqua qu'il allait simplement discuter avec l'enfant pour déceler le mal en lui, tenter de réveiller le démon, de le provoquer, pour le faire sortir. Il nous donna tout de même, en dernier recours, une bible et un crucifix, censés repousser le démon, sans l'arrêter, certes, mais permettant de gagner du temps. Je n'arrivais pas à croire cette histoire de fous. Nous étions là, à parler de démons avec un prêtre peut-être tout à fait charlatan, et nous répondions, comme si tout cela semblait normal. Mais nous avions supporté 9 ans ce fléau. Nous étions prêt à envisager n'importe quelle possibilité. D'autant plus que ses crises s'étaient intensifiées. Le prêtre purifia les lieux, inscrit d'étranges signes partout aux coins des murs, et partit voir Eri. Ils discutèrent, je n'ai jamais su de quoi, puis le prêtre revint, nous indiqua que nous n'avions rien à craindre, mais je sentais que c'était tout l'inverse. A son départ, quelque-chose semblait changé chez Eri. Si démon il avait à l'intérieur de lui, il avait du sentir que nous cherchions à le chasser. Celui-ci semblait malin. Il jouait avec nous, et avait joué avec ce prêtre en ne se manifestant pas du tout. Nous avions peur, et sentions que cette nuit serait remplie de bouleversements. Tard dans la nuit, ma femme rappela le prêtre, de la plus discrète manière qu'il fût, car nous craignions que le démon ne passe à l'attaque durant la nuit, et que nous avions besoin de quelqu'un d'expérimenté à nos côtés si cela devait arriver. Il rigola, mais accepta tout de même, ne suspectant surement pas le mal qui se dégageait de cet hôte à démon.
 
Partie trois: Le père Andrews
 
Un couple d'une quarantaine d'années m'avait appelé durant la nuit. Leur enfant adoptif faisait des siennes. Ils m'avaient expliqué en détails tout un tas de choses utiles à savoir. Son nom, les circonstances de sa découverte, et non de son adoption, ses accès de violence. L'enfant avait, selon moi, tout d'un cas de possession violente. Ma foi était forte, aucun démon jusqu'ici ne m'avait résisté, du petit démon de bas étage aux grands seigneurs démoniaques, j'avais toujours triomphé du mal. Cependant, je ressentais les ondes maléfiques de cet enfant jusqu'à travers le combiné, à tel point que j'en tremblais, le téléphone en main. Je me rendis chez ces gens par mes propres moyens en utilisant ma voiture, remplie de choses utiles pour le métier que j'exerçais. Ces pauvres gens avaient besoin de mon aide, et j'allais tout déployer pour leur porter secours. Seulement, plus je me rapprochais, plus je sentais le mal planer, dans l'air, dans mon corps, je ne me sentais pas à ma place. J'avais préalablement eu un cas similaire en Argentine, où une femme attaquait de jeunes enfants en les mordant. Un démon très résistant, mais facile à provoquer. L'affaire avait été réglée en deux jours. Cependant, cette fois, c'étaient mes muscles eux-mêmes qui se sentaient défaillir, ma foi elle-même qui se sentait en danger. J'arrivai chez ces gens, et le simple contact avec la porte, quand je toquai me fit parcourir des frissons tout le long du corps. Ils m'ouvrirent, et ma venue sembla les enchanter. Ils croyaient en ma capacité à les aider, je me devais de ne pas les décevoir. Je discutai avec eux de ma manière d'opérer, et préparai les lieux pour augmenter les chances de provoquer le démon. Signes chrétiens, je donnai même aux parents une bible et un crucifix dont je leur expliquai qu'ils pourraient leur servir en cas d'attaque du démon pour le repousser un peu. Cependant le premier contact avec l'enfant, Eri, me fit froid dans le dos. Il dégageait une aura de mal incroyable, je me demandai même si je n'avais pas affaire à l'incarnation même du mal. Je commençai à discuter avec l'enfant, mais un dialogue intérieur s'engageait en même temps avec le démon qui l'habitait. Je sentais que le démon ne voulait pas de moi. Je le sentais sortir presque de l'enfant pour me provoquer, me forcer à sortir mes armes dès maintenant. Il inversait les rôles. J'étais perdu. Je commençai à suer, légèrement, mais l'enfant ne devait rien remarquer. Pourquoi pensais-je cela? Le démon devait sentir ma peur. Il s'amusait. Je vis l'enfant lever les yeux sur moi, il me sourit. Je commençai à le questionner, puis le démon se fit de plus en plus présent, je sus qu'il était temps pour moi de partir. Je ne sus pas ce que je ressentis au moment de laisser ces gens, seuls à leur sort, lorsque je leur dis qu'il n'y avait rien à craindre. En réalité, il y avait tout à craindre. Ressentais-je de la peur, de la honte, de l'infériorité, de l'humiliation? Jamais je n'eus pu le dire. Je quittai précipitamment les lieux, mais je sentis bientôt le remords de laisser ces gens à l'abandon, aussi je décidai de rester dans les environs, et mon instinct fut le bon car ils me rappelèrent la nuit durant. Je rigolai, tant le destin me paraissait ironique. Je revins les voir, et ils m'ouvrirent le plus silencieusement possible. J'eus du mal à franchir le seuil de la maison, chaque pas me semblait lourd, je suivais pourtant ce couple jusque dans leur chambre à coucher, et leur demandai en chuchotant ce qu'ils comptaient faire. Ma présence ici, si démon il y avait, le réveillerait forcément, je leur dis donc de se rendormir, en leur proposant de monter la garde. J'accrochai un crucifix sur la porte pour contenir l'arrivée du démon, et je fermai la porte à clef. Je m'assoupis un peu, puis je sentis soudain un frisson me parcourir l'échine. Je n'entendais plus la respiration du couple allongé sur le lit, en réalité, un silence pesant avant empli l'espace. J'entendais par moments des craquements sourds dont je n'aurais su définir la provenance, mon corps se tétanisait. Soudain des grattements sur le plafond. Etait-ce un animal? Ou s'amusait-il avec moi? Je me penchai sur le couple, et remarquai qu'ils ne respiraient plus. Je ne comprenais pas. Rien n'était plus logique, le monde lui-même semblait s'écrouler. J'entendis soudain un bruit provenant de la porte. Le bruit sembla reprendre son cours normal, le couple respirait de nouveau normalement, le robinet mal fermait gouttait toujours, et le vent soufflait dehors. La poignée commença à se tourner, lentement. Je me crispai, assis sur ma chaise, et empoigna fermement ma sainte bible et mon crucifix. Je retins ma respiration et récitai mon notre père, le murmurant presque. La poignée continua de se tourner, de plus en plus vite, et le couple se réveilla lentement. Ils regardèrent en même temps que moi sans pouvoir faire quoi que ce fût cette porte qui consistait le dernier rempart avec Eri, ce réceptacle du diable. On entendit cogner contre le bois, de manière régulière, je sentais que la force de l'enfant était décuplée. Soudain on n'entendit plus rien. Nous nous regardâmes, ne sachant que faire. Le père se munit d'une batte de baseball qui traînait au pied de son lit et déclara. « Tant pis pour les conséquences, je vais voir ce qui se passe et j'aviserai en conséquence! » Je lui déconseillai fortement de sortir de la chambre, seul lieu qui nous offrait pour le moment une légère sécurité, même précaire. Il hésita, batte en main, devant la porte. Je savais pertinemment que c'était ce que cherchait Eri. Il nous tendait un piège. Pénétrer dans cette chambre et nous tuer tous ne l'intéressait pas. Le jeu n'était plus enrichissant pour lui. On entendit soudain un bruit de vitre cassée derrière nous, tendis que nous observions la porte. La fenêtre était brisée, et une main entrait. Nous nous précipitâmes vers la porte que nous ouvrîmes précipitamment, et nous arrêtâmes au salon. « Que faisons-nous, maintenant? » demanda la femme. Je ne répondis qu'en récitant mon notre père. « Notre père, qui êtes aux cieux... » On entendit les derniers bouts de verre. « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne » les bruits sourds des pas d'Eri résonnaient dans le couloir. « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » Nous nous reculâmes au fur et à mesure qu'il avançait et le père saisit plus fermement sa batte. « Pardonnes-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé... » Eri courut, et le père lui envoya un sec coup de batte au milieu de l'abdomène. « Mais ne nous soumets pas à la tentation.. » La femme se mit à pleurer tandis que Eri releva la tête, saignant un peu de la lèvre inférieure, le coup avait du finir sur sa mâchoire. Il sourit, et son père ne savait que faire. « Mais délivre-nous du mal. » J'empoignai mon crucifix, Dieu devait me donner la force. Le père tenait Eri à bonne distance avec sa batte tandis que sa femme se tenait, prostrée, en pleurs. Ce démon avait été vaincu par l'armée des anges, aujourd'hui c'était moi qui le renverrait de là où il venait. « Cesse de tourmenter les hommes, Satan. » Eri sauta à la gorge de son père, qu'il mordit à la gorge, lui arrachant la jugulaire. Il envoya ensuite fracasser le crâne contre le sol, et le père tomba, inanimé. La femme ne produisit plus aucun son. Elle était à terre, ne pouvant faire ni dire quoi que ce soit. Je me retrouvai seul face au démon. Eri me regarda, ses yeux étaient noirs comme la nuit, sa bouche dégoulinait de sang, et la voix qui sortit de sa bouche n'était pas celle d'un enfant de 9 ans. « Petit prêtre de pacotille, pourquoi es-tu venu jusqu'ici? N'as-tu pas senti que ta lumière ne t'accompagnerais pas? Tout se finit ce soir pour toi. Ta foi vacille, vieux moine! » Il s'avança petit à petit de moi, et j'ouvris soudain ma bible que j'ouvris en le tendant à bout de bras devant moi. Je levai mon crucifix et commença à crier. « Démon, tu as répandu le malheur et la terreur, il est temps pour toi de repartir, et de payer pour les pêchés commis envers le tout puissant! Au nom de Dieu, je te somme de t'en aller! » Eri peinait un peu plus à marcher vers moi. Je me reculai au fur et à mesure que j'incantai mes prières. Cela commençait à fonctionner. Son sourire s'était muté en un rictus abominable. Le visage de l'enfant était méconnaissable. Il grognait, rugissait. Ma foi revenait. Elle grandissait de nouveau. Puis je vis le corps mutilé et égorgé de ce pauvre homme, et ma concentration baissa l'espace d'un instant. Je trébuchai et tombai à la renverse. Je signai sans doute ma fin. Eri sourit de nouveau, s'avança vers moi, et fut bientôt à accroupi au-dessus de moi. Je tentai de l'étrangler, mais il me dégagea rapidement. Il savourait cet instant. Il n'avait pas savouré la mort de son père, dont il avait pourtant détruit la vie ces 9 années. Peut-être considérait-il que je n'étais pas menaçant pour lui. Je fis un dernier signe de croix et un sourire narquois se dessina sur le visage d'Eri. Je m'en remettais maintenant à Dieu. « Amen. » Je vis une grande lumière, puis plus rien. J'avais rejoint le ciel.
 
Dernière partie: épilogue
 
J'ignore encore ce qu'il a pu arriver à cette famille. Chacun semble raconter des histoires très proches, avec pourtant des improbabilités monstrueuses dans les faits racontés. Celui qui semble être le père porte d'étranges marques sur le cou et pleure souvent. Le vieil homme que je soupçonne être le grand père a de souvent de gros trous de mémoires et recueillir son histoire complète n'a pas été une mince affaire, et je n'ai pas pu lui en faire dire plus sur sa soi-disant mort. La femme quant à elle semble remplie de tocs, mais elle ne parle pas. L'enfant, lui, paraît tout à fait normal, exception faite de la façon dont il semble me regarder.Eri Eri
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#Posté le mercredi 25 mai 2011 17:54

J'étais un homme immensément riche. J'étais? Ne comprenez pas que je ne le suis plus. En fait, à l'heure où je vous parle, je mange les pâquerettes par la racine. J'étais donc un homme riche. Qui possédait plus d'argent que votre pauvre esprit étriqué ne pourrait envisager. Des sommes indécemment faramineuses. Mais laissons pour un instant de côté ces futilités périssables. Je ne connaissais pas vraiment l'amour. Je passais mon temps à voguer d'hôtels en hôtels avec les femmes les plus charmantes du monde, les faisant rêver pour un soir, distrayant mon âme vagabonde dans les plaisirs charnels, volatiles, éphémères, comme la chute d'une étoile filante, ou d'une vie humaine. Ce que je faisais dans la vie? Je faisais en sorte que tout se monnaye. Jusqu'à la vie elle-même. Incroyablement cynique, me direz-vous. Allez, qui n'a jamais rêvé de devenir riche? Mais je ne vous fais pas ma plaidoirie. Pourquoi je vous raconte tout ca? Pour que vous compreniez qui je suis, pour vous faire une idée, au moment où vous devrez juger mon histoire. Où commence-t-elle exactement? Je pense que l'on peut remonter à cette visite chez mon médecin, qui m'annonça vite que mon coeur de battant vacillait. Le titan de la finance était vulnérable? Tout le monde se croit immortel. Ne vous le cachez-pas. Et pourtant. Mais j'étais un homme immensément riche, comme dit plus haut. Une greffe était une bouchée de pain, pour moi, et je possédais l'équivalent d'une boulangerie. Mais cessons là ces stupides métaphores. Mon médecin m'annonça très vite que l'on avait trouvé une solution à mon problème. Fort, bien, me disais-je. Je ne payais pas ces gens pour rien. 
-"Je dois vous prévenir, cependant, que l'on sait que l'origine de ce coeur n'est absolument pas légale. Mais vous m'avez payé pour en trouver un, et c'est une occasion qui ne se représentera pas de sitôt." M'avait-il alors dit. Qu'avais-je bien à faire de connaître sa provenance? L'homme était mort, et moi, je pouvais être sauvé. Qu'ais-je fait? Pour le politiquement correct, j'ai attendu, avant d'accepter les offres, cependant le document auprès de mon médecin était signé dès le jour de la proposition. Je pris ainsi le temps de philosopher sur le bien-être de mon choix, et l'impact de mon attente sur le monde. Mais qui étais-je? Je monnayais la vie dans son entièreté, mais là, je monnayais même la mort. Je venais de poser un prix, exorbitant, au passage, d'un coeur d'un homme tué, peut-être torturé, afin de continuer à vivre. Mais il valait mieux un mort plutôt que deux, me disais-je. Mais ne financais-je pas le crime? Après mon opération, j'apparus comme un héros. J'étais l'image d'un homme qui bravait la mort au nom de la bienséance. Vous parlez d'une ironie. Je me sentais trouble. Mon âme se disloquait. J'avais en moi un coeur d'un autre homme, au final, j'étais devenu un morceau de patchwork. Comme Frankenstein. Je me rendis chez mon pharmacien, et acheta une boîte de gélules. Je monnayais la mort pour la dernière fois. J'avalai son contenu dans son entièreté. J'étais mort en monstre.
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#Posté le mercredi 16 mars 2011 14:51

Résistance

RésistanceBon dieu, la prière est ma dernière compagne. Avant de crever comme un rat dans ce caniveau. Je suis au bord de l'agonie, fusil en main. Alors c'est là que tout se termine? Je tâte ma poche. Un briquet et quelques cartouches. Mon seul salut. Où diable sont passés nos idéaux? Ces esprits immortels que jamais nulle barrière n'arrêta? Le temps des rêves est fini. Je suis étendu ici, dans cette rue, tâché de cette encre écarlate que tout être redoute. Nous pensions tous autant que nous étions trouver la paix dans ce dernier assaut, devant cette tour pleine de symboles, symbole d'un pouvoir tyrannique et violent, mais voilà, pour moi et mes camarades, la route vers la colombe blanche s'arrête ici. Je vois s'écouler la vie de mon abdomen, impuissant. Je n'ai plus d'empire sur mon âme, mon corps, ma vie, mon destin. Il ne me reste qu'à observer la fin du monde, la fin des choses. Je pense à tous mes camarades qui comme moi voient la mort poindre le bout de son nez. La prière est ma dernière compagne. Je tâte ma poche, un briquet et une cartouche. Je prends mon fusil en main, pour me saisir une bonne fois pour toutes de mon destin. J'étais né pour mourir sous ce drapeau, fier des mes idées. Au bord de l'agonie, je
prie pour mes frères et mon salut au royaume des cieux. Amen.
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#Posté le dimanche 19 septembre 2010 10:51

Le coursier

Je n'avais jamais cru en Dieu jusqu'à cette putain de nuit. Ce genre de nuits qui vous font penser que vous avez le cul béni par le tout-puissant. Est-ce que j'avais un ange gardien? Ou simplement une chance monstre? J'en ai jamais rien su. Vous vous demandez qui je suis, et vous avez raison. Je suis Kent, un travailleur indépendant. J'ai grandi dans une ferme familiale, où il est préférable de ne pas rester toute sa vie si on veut avoir un avenir rayonnant. Le jour de ma majorité, je suis monté à la grande ville où je savais qu'on pouvait faire fortune. C'est alors que j'ai monté ma petite affaire. Il ne vous est pas utile d'en connaître les détails, sachez simplement que mon boulot consiste à acheminer les livraisons de mes clients à bon port, et souvent dans la plus grande discrétion possible.

Officiellement, je suis prêteur sur gages, mais mes clients fidèles savent que je suis un moyen parfait pour faire passer tous les genres de merdes possibles dont ils auraient pas envie de se débarrasser eux-mêmes. Me concernant, si le chèque est présent au bout, il n'y a pas une seule chose que je sois pas capable de livrer. Ce que les clients me demandent d'emmener à bon port, ca ne me regarde jamais. Je ne laisse jamais la curiosité prendre le dessus. C'est un principe. Parce-que je me dis qu'un client qui est sur à 100% de ma fiabilité est un client qui a des chances de revenir me voir. Et je dois dire que mon affaire marche du feu de dieu. Je peux pas encore partir m'exiler pour le restant de mes jours dans une île paradisiaque, mais j'aime la vie que je mène. Mon dernier client est un certain Don Carlos, mais je suppose que c'est un pseudonyme; les clients ne prennent jamais le risque de se dévoiler. Moins j'en sais, mieux ils se portent. Le type m'a transmis une petite malette noire avec vingt-mille petits billets à l'arrivée si je la livre dans une petite station service dont j'ai griffonné le nom sur un papier.

Pourquoi une telle somme? Jamais de ma carrière, je n'ai eu une telle opportunité. Mais je me dis que tout argent est bon à prendre, qu'il soit propre ou non. Croyez-en mon expérience, je ne dis pas ca par hasard. Plus la carotte est grosse, plus le client a des choses à cacher. Ca peut aller d'une lettre de menace anonyme à un sachet d'héroïne, dans ce que j'ai pu entrevoir et comprendre. J'accepte l'offre du client, lui serre la main brièvement, et prend sur mon bloc notes les indications à suivre. J'aime que les choses soient réglées comme un cycle menstruel; pas de bavure, pas de connerie, une affaire qui roule. Mon contact doit m'attendre à cette fameuse station service; c'est à environ 100 bornes de là où je suis. Je saisis la malette, grimpe dans ma voiture et la pose au pied de la place du mort. On n'est jamais trop prudent. Les condés trouvent toujours louche que l'on cache des choses dans son coffre. Je mets le contact, j'entends le doux ronronnement de ce vieux tas de féraille. On dirait un chat qui miaule, et j'aime ca.

Une fois sur la route, il fait nuit. Je m'allume une cigarette, et sors mon thermos de café de la boîte à gants. Dans cette boîte, j'ai aussi un flingue. Un Taurus 669, calibre 357 magnum, c'est un 6 coups. Une arme qui m'a servi plus d'une fois pour distribuer des pruneaux à certains clients pas coopérants. J'ai jamais tué personne, j'ai toujours appelé une ambulance après m'en être servi. Toujours à partir de cabines téléphoniques. On n'est jamais trop prévoyant. Mais mettez-vous à ma place; dans la proffession il est pas rare de tomber sur des camés, des petits dealeurs, des gangs. Dans ces cas-là, une bastos dans le bide et le type vous cherche plus de noises.

Les kilomètres défilent, je suis crevé. Heureusement que le paiement m'attend bien gentiement au bout. Dans une putain de station service. Si il paraissait pas si sur de lui, je dirais que mon client est un putain d'amateur de faire ca dans un lieu public. Une malette, vingt-mille billets en petites coupures, il doit vraiment savoir ce qu'il fait. Peut-être que c'est une planque, qu'elle est désafectée. C'est probable. En tous cas ce Don carlos doit être quelqu'un si il s'autorise même à avoir une planque. Si il m'a promis autant de pognon, il a du mettre les bouchées double pour l'acceuil de la malette. Les types doivent être armés, nombreux, mais c'est pas mes affaires.

Au loin sur cette route plate j'aperçois quelque-chose d'éclairé. C'est pas une ville, alors ca doit être mon point d'encrage. Et j'ai pas eu d'emmerdes jusque-là. Tout se passe comme prévu, Kent. Alors panique-pas. Mais pourquoi j'ai ce si mauvais pressentiment? Réaction logique, me dis-je après coup. Quand on est sur le point d'obtenir un gros poisson, on est toujours anxieux que quelque-chose déraille. Alors on empoigne fermement sa ligne et on continue à ferrer. Une fois arrivé à hauteur de la station, je descends de ma voiture, malette en main, revolver à la ceinture. On ne sait jamais. Je m'allume une cigarette, car pour le client, c'est un signe distinctif qui lui montre inconsciemment qu'il a pas affaire à une lopette. A la porte, deux gorilles en costume m'attendent; ils me font signe de les suivre, j'obtempère sans résister. Ces types sont entrainés pour cogner, alors je fais profil bas. Une porte s'ouvre, la lumière m'éblouit. Où suis-je, putain?
"Ah, vous devez être le coursier."
Je cligne des yeux, filtre la lumière avec ma main, et je distingue les traits fins et la fine moustache d'un type bronzé. Il porte un costume noir rayé gris-blanc, et une rose rouge dans la poche. Le cliché parfait du petit mafioso. Derrière lui, des types armés. Le type s'asseoit, et m'invite à faire pareil. C'est quoi ce traquenard? Les échanges sont jamais aussi longs. Le type semble prendre son temps. C'est quoi cette putain d'assurance que je lis sur son visage?
"Vous avez dans la main quelque-chose qui m'intéresse."
"Et vous avez vingt-mille billets pour moi en échange, si je ne m'abuse."
Le type se met à rire d'un rire satanique. Les types autour de lui l'imitent. Dans quelle merde je suis? Est-ce que je me serais fait rouler?
"Ca, c'était la précédente offre; ceux qui devaient être assis ici à ma place, mais qu'on a liquidés."
Ca-y-est, mes doutes sont fondés. J'ai affaire à cette saloperie de mafia. Voilà pourquoi ce type est si sur de lui, les hommes que je vois là doivent n'être que l'apéritif. Il a gardé le plat de résistance dans l'arrière boutique, pour si ca tourne mal. Comme dans tous ces mauvais films de gangsters. Mais là je joue ma vie pour de vrai. Garder son calme, respirer lentement, ne montrer aucun signe extérieur de crainte. Avoir l'air impassible. C'est maintenant que tes parties de poker à la campagne vont te servir, Kent. Lâche pas le morceau. Il faut trouver le poisson et lutter jusqu'à l'avoir sorti de l'eau. Le type me dévisage, il veut lire la peur dans mes yeux. Lui donne pas ce plaisir. Il veut sentir que je suis faillible.
"Alors que se passe-t-il, maintenant? Je vous donne la malette et je me tire?"
Je crois même pas à ce que je dis. Ils vont me descendre d'une balle dans la tête, si j'ai de la chance. Sinon, ils vont se faire plaisir et me passer à tabac. Si l'un d'eux dans le lot a fait sa sortie du placard, il fera son entrée par ma porte de derrière. L'humiliation.

Reprendre son calme, attendre qu'il réponde et aviser.
"Vous avez bien conscience que ce que vous dites n'a pas de sens. Nous ne pouvons pas vous laisser partir après vous avoir mis au parfum. D'un autre côté vous me paraissez être un type plein de ressources. Discret, efficace, et prévoyant, si j'en crois la présence du revolver à votre ceinture."
Le type sourit. Il a vu clair dans mon jeu. Il faut que je continue à gagner du temps, et que j'espère un miracle.
"Discret, c'est le mot, ouai. Jamais aucun client n'a eu à se plaindre de moi. C'est pour ca qu'ils reviennent. Je travaille vite, bien, et je suis plus invisible que la nuit elle-même."
Mettre le type en confiance. Il faut qu'il pense qu'il me tient dans sa poche. Qu'un mec comme moi peut lui être utile d'une façon ou d'une autre. Je tire une bouffée de ma cigarette et me tait. Tout est dans l'apparaître. Je m'affale sur le dossier de ma chaise, et le mafieux m'immite.
"Vous avez un sacré culot d'être aussi sans-gêne, monsieur le petit livreur de pacotille. J'imagine que vous avez eu la curiosité de regarder dans la malette?"
Bingo, c'est comme si il me proposait un as pour ma quinte flush. Mais j'ai pas encore abattu mes cartes. Il me manque de piocher une fois, et je dois bien piocher.
"Au risque de vous décevoir, monsieur, je m'engage à ne jamais regarder ni m'occuper des affaires de mes clients. Seul ma paye m'intéresse."
J'ai été neutre, pas insultant, je lui montre que je suis digne de confiance. Reste qu'il doive y croire pour que je m'en sorte. Soudain, une sirène retentit. C'est les condés. Putain, ces cons pouvaient pas tomber à un pire moment. De leur côté, les mafiosos vont penser que je les ai prévenus, et que je dois être quelque-chose comme un agent infiltré. De l'autre, les flics feront pas de différence entre moi et les autres. Je suis armé, en costume, cigarette à la bouche. Tout est dans le paraître. Je vais assister à un bain de sang. Il faut que je m'éclipse avant que ca tourne au cauchemard.
"Espèce de petite ordure, c'est toi qui a prévenu les poulets? Tu sais que t'es un vrai petit enfoiré!"
Tout ce que je pourrais lui dire le rendra furax. C'est con, mais je préfère fermer ma gueule. Tous ses petits amis débarquent armés jusqu'aux dents. Ils se planquent. Tels des fauves, ils sont prêts à bondir sur leur proie et en finir vite et bien. Les flics arrivent et défoncent la porte. Ils ont des boucliers anti-émeute, ils savent qu'ils ont pas affaire à des rigolos.
"Montrez-vous, amenez-nous cette putain de malette, notre taupe dans votre équipe vous a balancés."
L'affaire tourne en ma faveur. J'ai un ennemi de moins: les gangsters. Maintenant, ils doivent tous se méfier les uns des autres, mais pas de moi. Moi, je suis l'accident, là-dedans. Juste le livreur. Un simple coursier. Je suis toujours assis sur ma chaise, ils sont tous planqués. Si je bouge, les flics me descendent. Si je bouge pas, les flics se font descendre et je passe après sur la liste. Soudain j'entends un premier coup de feu. Un corps s'écroule puis j'en entends une multitude d'autres tirs. Soudain tout s'arrête. Si il y a des survivants, d'un quelconque côté, je suis mort. Je dois prier pour qu'ils y soient tous passés. J'entends quelqu'un qui gémit.
"A l'aide...A l'aide..."
Putain c'est pas ma veine, me dis-je. Je me dirige vers la voix, et je vois un jeune flic à terre. Il doit avoir 20 ans tout au plus.
"T'es qui, toi? Me bute pas je t'en supplie!"
Le flic est bien amoché. Il saigne de partout et est largement blessé à la jambe. Ca se soigne bien mais si je ne fais rien il va clamser. Foutue hémorragie.
"Vous en faites pas, je suis pas de leur camp. Si vous commenciez par m'expliquer tout ce qui s'est passé ici? Moi je suis juste le coursier qui a livré la malette."
Le type parle avec beaucoup de difficulté, et coupe son histoire par quelques sanglots.
"On fait partie de la police de la ville d'à côté. Notre espion nous a informé des agissements de cette mafia. Lorsqu'on a été au courant qu'une autre mafia devait recevoir une malette remplie de drogue, on nous a mis sur le coup, et notre taupe a tout de suite transmis l'info à ceux qu'il infiltrait. Se doutant de rien, ils ont fonçé aveuglément dans le tas, et ont buté la première bande. On les a tous ceuillis en une soirée, mais putain, maintenant je vais mourir!"
Je fais un garot au flic à terre et lui demande si je peux avoir sa parole qu'il ne dira rien à propos de mes activités. Je lui vole sa carte d'identité en caution.
"Comme ca si des gens remontent jusqu'à moi, je sais qui tu es, et ce revolver que tu vois à ma ceinture pourrait servir encore une fois."
Le type éclate en sanglots et je m'en vais. La nuit est glaciale et la pluie me bat sur les tempes. J'ai froid. Je me rallume une cigarette et je sens la fumée descendre lentement dans ma gorge. J'appelle une ambulance, je reprends la voiture. La nuit est comme une amie qui couvre ma fuite. J'étais reparti sans argent, mais avec la vie sauve et avec la ferme intention de faire quelque-chose de mon expérience. Ne pas faire comme si rien ne s'était passé. Si j'étais en vie, il y avait une raison. En y repensant, je crois que je n'avais jamais cru en Dieu avant cette putain de nuit.
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#Posté le mercredi 04 août 2010 05:13

Le photographe

Le photographe était un artiste incompris. Il capturait des instants de vie, dans de grands éclairs blancs éblouissants qui venaient figer à jamais des parcelles de temps, bloquées sur de fines couches de papier photo. Combien d'histoires, combien de vies transportaient ces portraits magiques, ces leitmotiv de nostalgie, nul n'eût jamais pu le dire. L'on venait voir le photographe pour ces raisons. Chacun souhaitait garder trace de leur passage sur terre, et ne pas survivre à cette trace. Car c'était ce qu'étaient les photographies. Stigmates éternels d'un voyage sur dame Terre, qui toujours survivraient plus longtemps que leurs modèles. Aussi le photographe prenait-il un plaisir malsain à capturer toute chose de sa vie à chaque instant pour que sa mort ne soit synonyme que de l'arrêt des photos. Dans une boîte dont l'emplaçement était lui-même tenu grandement secret, le photographe entreposait à chaque instant ces duplicatas de vie qu'il semblait dérober. Sur la boîte, en fines lettres d'or, l'on pouvait lire "Si rien n'est éternel, alors faisons que l'éternel ne soit rien". Et le photographe s'évertuait à entretenir cette devise. Il avait un excellent contact avec autrui. Bien souvent, après une photo, il invitait ses clients à prendre un café, de sorte que subsistât toujours le papier photo et le souvenir. Le photographe créait ainsi l'infini et l'éternel. Et pourtant il voulait faire que l'éternel ne fût rien. Le photographe avait une affection particulière pour les jeunes enfants. Après une photo, il les conviait à avaler quelques sucreries avant de les renvoyer courir vers leurs parents. Le photographe capturait des instants de vie, dans de grands éclairs blancs éblouissants, qui venaient à jamais figer chez ses clients le souvenir éternel attaché à du papier photo.
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#Posté le jeudi 22 juillet 2010 12:48

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